Et pour
communiquer avec tous ces organismes, j'avais mon adjudant major, 4
cyclistes, quelques délégués de bataillon et l'officier de liaison
(Capitaine A.E.M. Rolland) avec le groupe
d'artillerie.
11 h 15 Reçu du Commandant de
secteur,ordre de me porter avec/1 bataillon/ 45e Français, 2 bataillons de mon
S/Secteur, l'Artillerie 10e Brigade et le groupe de 4 A, à l'attaque des
troupes ennemies signalées sur le front Ferme de l'Empereur-Wartet, de
tâcher de m'emparer des batteries allemandes ou de les réduire au
silence.
En
conséquence je prescrivis à 12 h 15 à la Borne 5.800 de la route de
Hannut aux chefs de bataillon réunis en cet endroit et où se trouvait
également le bataillon Jeanson du 45e
Français :
a) II/45e Français (Commandant
Jeanson) de se porter à l'attaque du front Ferme de l'Empereur, mamelon 192 (N. de Haie du Loup). Cette attaque sera
préparée et soutenue par la troupe du 4A en position à la côte 205 entre
le bois de Champion et le Try (de
Boninne) ;
b) au I/10, 3
compagnies avec la 1 /II/10 et Section/M de les porter à l'attaque
du front La Haie du Loup-Wartet. Cette attaque sera préparée et soutenue
par le groupe de l'A/10 Br. Installée dans son ancienne position de
Boninne (crête
Fontenelle-Boninne) ;
c) au II/30,
en réserve à ma disposition, de marcher jusqu'à nouvel ordre jusqu'à la
hauteur de la biffurcation Borne 6.600 de la route de
Hannut ;
d) à 2 sections du III/10 de relier entre
elles les attaques du 45 Fr et du I/10 ;
e) au II/10
de conserver sa position d'accueil et de contre-attaqué dans les
tranchées de
Boninne (crête militaire
du plateau de Fontenelle-Boninne.) ;
f)
le tir de l'artillerie commencera à
14 h précises ;
g)
les batteries d'attaque
commenceront leur mouvement à ce
moment ;
h)
jusqu'à nouvel ordre mon P.C. sera au Café Pierlot, Borne 6.600 de la
route de Hannut.
A 14 h le feu est ouvert par nos
batteries et les bataillons se portent en
avant.
Immédiatement l'Artillerie
allemande ouvre un feu violent sur nos lignes. Le groupe du 4A est réduit au
silence après environ une heure de tir.
Le groupe de l'A/10eme Br. Est
bientôt réduit au silence à son tour. Un seul obus de 28 retourne complètement
une pièce (canon et caisson) et le caisson de la pièce voisine qui prend
feu.
Le bombardement est d'une violence
inouïe entre 14h et 17h 30. Quelques obus de 420 tombent, dont l'un à 300 m.
de mon P.C.
De toutes les parts affluent les
renseignements, que les positions sont intenables sous le feu infernal de
l'ennemi. Ce feu est tellement violent qu'il est impossible d'avancer. C'est
un enfer.
Cependant 2 à 3 compagnies du
II/45e Fr., conduites par leur brillant chef de bataillon le commandant
Jeanson, parviennent par le bois de la Beigneuse et de Hubaumont à atteindre
le plateau 192 Nord de Haie du Loup. Elles y sont reçues par un violent feu
d'infanterie et de mitrailleuses devant lequel elles doivent céder, et elles
vont se rallier au poste de la Beigneuse après avoir subi des pertes assez
sérieuses. Le Commandant Jeanson, blessé (2 balles de mitrailleuse lui ont à
peu près arraché le lobe d'une oreille) vient, en compagnie de son médecin de bataillon,
me rendre compte de la situation vers 21 h au Café
Pierlot.
La situation à Boninne devenait
intenable au milieu des incendies, entouré de morts et de
blessés.
Les installations téléphoniques de
ce P.C., avaient été complètement détruites par le
bombardement.
De l'attaque du I/10 je ne vis rien
avant la nuit.
Tués :
Capitaine Henrotin; sous-lieutenant Morel,
Lepoudre, Cotton et Plaquet (tous du
10eme).
Dans la nuit et sous mon ordre 2
compagnies du Bataillon Bosquet du 8 et 2 Compagnies du III/10 relèveront les
unités les plus atteints (le II/45e
Fr. et la 4/II/10).
A 23 h le Lieutenant Colonel
Bosquet me relève au P.C. du café Pierlot, devenu poste sanitaire français et
je reprenais mon bivouac au petit bois de la Borne 5 après avoir fait
rechercher où se trouvait le Commandant du secteur, dont j'étais sans
nouvelles depuis environ 6 heures, aux fins de connaître la situation à ma
gauche, et également où se trouvait le chef du service de santé de la place
pour l'évacuation des morts et des blessés.
Réflexion :
Cette petite action défensive locale fournit à mes
troupes l'occasion d'apprécier l'admirable cran de l'infanterie française, sa
bravoure calme et tenace, le remarquable sens tactique de ses officiers qui, à
peine arrivés, et à peine mis au courant de la situation, se débrouillaient
dans le terrain inconnu et donnaient à mes troupes une première et inoubliable
leçon des choses ! Cet exemple fut des plus salutaires pour mon cadre et
ma troupe, et j'ajouterai pour moi-même après que j'eusse vu à l'ouvre le
brillant Commandant BEM Jeanson, qui, se présentant à moi, me dit sa fierté
d'appartenir à la brigade Mangin et de pouvoir combattre avec des troupes
belges.
23 août
1914
L'extraordinaire intensité du
bombardement du 22 août 1914 avait fait du vide dans Boninne en feu, vide que
j'avais comblé à l'aide de 2 Compagnies du bataillon Bosquet et de 2
compagnies du III/10 (les autres compagnies du III/10 étaient à la réserve
générale du sous secteur).
Les 2 compagnies restantes du
bataillon Bosquet occupèrent une position d'accueil à la hauteur de la Borne 5
de la route de Hannut pour recueillir et arrêter tous les défenseurs de la
ligne en cas de retraite.
3 h 30. Le bombardement de Boninne
reprend avec une certaine violence ; Une vive fusillade se fait entendre
dans la direction de Champion.
4 h. Le commandant de la 10e
Brigade, Chef du secteur, débouchant du bois de la Borne 4 de la route de
Hannut vient à mon bivouac ; Je le mets au courant de la situation.
L'infanterie de forteresse a reçu l'ordre de tenir coûte que coûte, dans des
points d'appui et tranchées. Les troupes d'infanterie du sous-secteur ont
ordre de tenir sur la position d'accueil jalonné par le bois de la Haut et le
bois des Grandes Communes. (C. au 1/4000)
8 h 15. Le II/30 et le II/45
Fr ; sont à ma disposition derrière le bois de la Borne
4.
Ordre donné
:
Au II/30 d'occuper le bois des
Gournées (face au N et N-Est)
Aux éléments du III/10 (2 compagnies et quelques égarés)
d'occuper le bois de la Borne 4, face au
N-Est.
Au II /10 d'occuper avec 3
compagnies, face à l'Est, une ligne à a auteur du mamelon 169, N. de la Borne
4,et une compagnie face à Champion de manière à protéger l'artillerie du
Colonel Dossin qui s'était installée à Potresse. Sous Lieutenant Barbazon Mi
(tué).
10 h. Une ligne de fantassins
allemands en tirailleurs débouchant de Champion marche sur Bouge, direction
N.-S., et semble se trouver sur la ligne Ponty mamelon 169, ce, pendant que
d'autres fantassins sont engagés dans le bois de Champion marchant sur Boninne
pour prendre cette localité à revers. Un peloton français en retraite devant
cette ligne allemande débouche de la Borne 4 de la route de Hannut et ouvre le
feu, tout près de moi.
Sous-lieutenant Lepoudre tué à
Boninne.
Instantanément je donne ordre au
II/45 Fr. de se porter face à Champion pour arrêter coûte que coûte cette
infanterie allemande marchant vivement de Champion à Bouge. Ce bataillon se
déploya face au N.-E. à environ 300 ou 400 mètres au Nord de la route de
Hannut après avoir contourné la crête entre les bornes 3 et 4. Il s'engagea,
très méthodiquement, le brave commandant Jeanson en tête, et fût immédiatement
l'objet d'un violent tir à shrapnels sous lequel il tint bon. C'est à cet
endroit que doit avoir été tué ce vaillant officier supérieur à 200 m. de mon
P.C.
C'est à la faveur de cette
disposition du II/45 Fr. que tout ce qui avait de troupes entre les bornes 3
et 4 purent se retirer vers les fonds du passage à niveau 200 m. Est de la
Borne 2 de la route de Hannut. (Les faits se sont déroulés de 12h 30 à 13 h
30)
Tués commandant Jeanson,
capitane Ducarme sous-lieutenant Demarne du 45e Fr.
Sabres et revolvers en mains, nous essayâmes, le
colonel Couturiaux, moi et mon adjudant major, le capitaine commandant Dumont et
quelques gradés qui se trouvaient près de nous au poteau indicateur entre la
les bornes 3 et 4 d'enrayer ce mouvement de retraite. Ce fût en vain. Tout ce
que je pus faire, ce fût de monter une garde vigilante avec la 1ere compagnie
rassemblée aux fins d'empêcher toute troupe, non régulièrement commandée, de
traverser le passage à niveau, près de la
Meuse.
Je ne me résolus à poursuivre la retraite à travers la
ville que lorsque des tirs de mitrailleuse, exécutés des hauteurs escarpées de
Bouge, menacèrent considérablement les débris de mes
troupes.
Cette retraite par la ville,
commencée vers 13h 30, fut faîte dans un violent bombardement vers les
papeteries de St Servais où un avis verbal, confidentiel, du commandant de la
10eme Brigade m'avait prié de me rendre. J'y fus vers 14 h 45. A 17 h 15,
n'ayant pas vu des représentants de la brigade, ne recevant plus d'ordre et ne
voyant pas venir d'autres troupes que quelques égarés du 28e, me disant leur
régiment en retraite vers Flawines, je pris le parti, après une incursion de
Uhlans, de conduire ce qui me restait de troupes en direction de Mariembourg
par Flawine, Malonne, Haute Charlerie, borne 7.200 de la route de Burnot,
route de Burnot jusqu'à 9.800, Arbre, Romiée, Bioul, Sosoye, Biert-le-Roi , La
Motte, Chapelle Meunier, Flavion , Rosée, Grande route de Philippeville
jusqu'à la borne 16.500, Villers-le Gambon, route de Givet jusqu'à la borne 6,
Merlemont, Villers-en-Fagne et Roly (carte 1/40000)
NB: Les troupes de la 15 BR
(I.D.R.G.) pénétrèrent dans St Servais après mon départ historique de la
D.P.N.)