Mémoires d'un Conflit

(1914-1918)

(Mémoires du Lieutenant Général Verbist du 10e de Ligne)

 
1860-1937

 

Suite

2eme partie 

 

 Le Combat de Wartet

 

Et pour communiquer avec tous ces organismes, j'avais mon adjudant major, 4 cyclistes, quelques délégués de bataillon et l'officier de liaison (Capitaine A.E.M. Rolland) avec le groupe d'artillerie.

11 h 15 Reçu du Commandant de secteur,ordre de me porter avec/1 bataillon/ 45e  Français, 2 bataillons de mon S/Secteur, l'Artillerie 10e Brigade et le groupe de 4 A, à l'attaque des troupes ennemies signalées sur le front Ferme de l'Empereur-Wartet, de tâcher de m'emparer des batteries allemandes ou de les réduire au silence.

En conséquence je prescrivis à 12 h 15 à la Borne 5.800 de la route de Hannut aux chefs de bataillon réunis en cet endroit et où se trouvait également le bataillon Jeanson du 45e Français :

a) II/45e Français (Commandant Jeanson) de se porter à l'attaque du front Ferme de   l'Empereur, mamelon 192 (N. de Haie du Loup). Cette attaque sera préparée et soutenue par la troupe du 4A en position à la côte 205 entre le bois de Champion et le Try (de Boninne) ;

b) au I/10, 3 compagnies avec la 1 /II/10 et Section/M de les porter à l'attaque du front La Haie du Loup-Wartet. Cette attaque sera préparée et soutenue par le groupe de l'A/10 Br. Installée dans son ancienne position de Boninne (crête Fontenelle-Boninne) ;

c) au II/30, en réserve à ma disposition, de marcher jusqu'à nouvel ordre jusqu'à la hauteur de la biffurcation Borne 6.600 de la route de Hannut ;

d) à 2 sections du III/10 de relier entre elles les attaques du 45 Fr et du I/10 ;

e) au II/10 de conserver sa position d'accueil et de contre-attaqué dans les tranchées de Boninne (crête militaire du plateau de Fontenelle-Boninne.) ;

f) le tir de l'artillerie commencera à 14 h précises ;

g) les batteries d'attaque commenceront leur mouvement à ce moment ;

h) jusqu'à nouvel ordre mon P.C. sera au Café Pierlot, Borne 6.600 de la route de Hannut.

A 14 h le feu est ouvert par nos batteries et les bataillons se portent en avant.

Immédiatement l'Artillerie allemande ouvre un feu violent sur nos lignes. Le groupe du 4A est réduit au silence après environ une heure de tir.

Le groupe de l'A/10eme Br. Est bientôt réduit au silence à son tour. Un seul obus de 28 retourne complètement une pièce (canon et caisson) et le caisson de la pièce voisine qui prend feu.

Le bombardement est d'une violence inouïe entre 14h et 17h 30. Quelques obus de 420 tombent, dont l'un à 300 m. de mon P.C.

De toutes les parts affluent les renseignements, que les positions sont intenables sous le feu infernal de l'ennemi. Ce feu est tellement violent qu'il est impossible d'avancer. C'est un enfer.

Cependant 2 à 3 compagnies du II/45e Fr., conduites par leur brillant chef de bataillon le commandant Jeanson, parviennent par le bois de la Beigneuse et de Hubaumont à atteindre le plateau 192 Nord de Haie du Loup. Elles y sont reçues par un violent feu d'infanterie et de mitrailleuses devant lequel elles doivent céder, et elles vont se rallier au poste de la Beigneuse après avoir subi des pertes assez sérieuses. Le Commandant Jeanson, blessé (2 balles de mitrailleuse lui ont à peu près arraché le lobe d'une oreille) vient, en  compagnie de son médecin de bataillon, me rendre compte de la situation vers 21 h au Café Pierlot.

La situation à Boninne devenait intenable au milieu des incendies, entouré de morts et de blessés.

Les installations téléphoniques de ce P.C., avaient été complètement détruites par le bombardement.

De l'attaque du I/10 je ne vis rien avant la nuit.

Tués : Capitaine Henrotin; sous-lieutenant Morel,  Lepoudre, Cotton et Plaquet (tous du 10eme).

Dans la nuit et sous mon ordre 2 compagnies du Bataillon Bosquet du 8 et 2 Compagnies du III/10 relèveront les unités les plus atteints (le II/45e  Fr. et la 4/II/10).

A 23 h le Lieutenant Colonel Bosquet me relève au P.C. du café Pierlot, devenu poste sanitaire français et je reprenais mon bivouac au petit bois de la Borne 5 après avoir fait rechercher où se trouvait le Commandant du secteur, dont j'étais sans nouvelles depuis environ 6 heures, aux fins de connaître la situation à ma gauche, et également où se trouvait le chef du service de santé de la place pour l'évacuation des morts et des blessés.

Réflexion :

Cette petite action défensive locale fournit à mes troupes l'occasion d'apprécier l'admirable cran de l'infanterie française, sa bravoure calme et tenace, le remarquable sens tactique de ses officiers qui, à peine arrivés, et à peine mis au courant de la situation, se débrouillaient dans le terrain inconnu et donnaient à mes troupes une première et inoubliable leçon des choses ! Cet exemple fut des plus salutaires pour mon cadre et ma troupe, et j'ajouterai pour moi-même après que j'eusse vu à l'ouvre le brillant Commandant BEM Jeanson, qui, se présentant à moi, me dit sa fierté d'appartenir à la brigade Mangin et de pouvoir combattre avec des troupes belges.

23 août 1914

L'extraordinaire intensité du bombardement du 22 août 1914 avait fait du vide dans Boninne en feu, vide que j'avais comblé à l'aide de 2 Compagnies du bataillon Bosquet et de 2 compagnies du III/10 (les autres compagnies du III/10 étaient à la réserve générale du sous secteur).

Les 2 compagnies restantes du bataillon Bosquet occupèrent une position d'accueil à la hauteur de la Borne 5 de la route de Hannut pour recueillir et arrêter tous les défenseurs de la ligne en cas de retraite.

3 h 30. Le bombardement de Boninne reprend avec une certaine violence ; Une vive fusillade se fait entendre dans la direction de Champion.

4 h. Le commandant de la 10e Brigade, Chef du secteur, débouchant du bois de la Borne 4 de la route de Hannut vient à mon bivouac ; Je le mets au courant de la situation. L'infanterie de forteresse a reçu l'ordre de tenir coûte que coûte, dans des points d'appui et tranchées. Les troupes d'infanterie du sous-secteur ont ordre de tenir sur la position d'accueil jalonné par le bois de la Haut et le bois des Grandes Communes. (C. au 1/4000)

8 h 15. Le II/30 et le II/45 Fr ; sont à ma disposition derrière le bois de la Borne 4.

Ordre donné  :

Au II/30 d'occuper le bois des Gournées (face au N et N-Est)

Aux éléments du III/10  (2 compagnies et quelques égarés) d'occuper le bois de la Borne 4, face au N-Est.

Au II /10 d'occuper avec 3 compagnies, face à l'Est, une ligne à a auteur du mamelon 169, N. de la Borne 4,et une compagnie face à Champion de manière à protéger l'artillerie du Colonel Dossin qui s'était installée à Potresse. Sous Lieutenant Barbazon Mi (tué).

10 h. Une ligne de fantassins allemands en tirailleurs débouchant de Champion marche sur Bouge, direction N.-S., et semble se trouver sur la ligne Ponty mamelon 169, ce, pendant que d'autres fantassins sont engagés dans le bois de Champion marchant sur Boninne pour prendre cette localité à revers. Un peloton français en retraite devant cette ligne allemande débouche de la Borne 4 de la route de Hannut et ouvre le feu, tout près de moi.

Sous-lieutenant Lepoudre tué à Boninne.

Instantanément je donne ordre au II/45 Fr. de se porter face à Champion pour arrêter coûte que coûte cette infanterie allemande marchant vivement de Champion à Bouge. Ce bataillon se déploya face au N.-E. à environ 300 ou 400 mètres au Nord de la route de Hannut après avoir contourné la crête entre les bornes 3 et 4. Il s'engagea, très méthodiquement, le brave commandant Jeanson en tête, et fût immédiatement l'objet d'un violent tir à shrapnels sous lequel il tint bon. C'est à cet endroit que doit avoir été tué ce vaillant officier supérieur à 200 m. de mon P.C.

C'est à la faveur de cette disposition du II/45 Fr. que tout ce qui avait de troupes entre les bornes 3 et 4 purent se retirer vers les fonds du passage à niveau 200 m. Est de la Borne 2 de la route de Hannut. (Les faits se sont déroulés de 12h 30 à 13 h 30)

Tués commandant Jeanson, capitane Ducarme sous-lieutenant Demarne du 45e Fr.

Sabres et revolvers en mains, nous essayâmes, le colonel Couturiaux, moi et mon adjudant major, le capitaine commandant Dumont et quelques gradés qui se trouvaient près de nous au poteau indicateur entre la les bornes 3 et 4 d'enrayer ce mouvement de retraite. Ce fût en vain. Tout ce que je pus faire, ce fût de monter une garde vigilante avec la 1ere compagnie rassemblée aux fins d'empêcher toute troupe, non régulièrement commandée, de traverser le passage à niveau, près de la Meuse.

Je ne me résolus  à poursuivre la retraite à travers la ville que lorsque des tirs de mitrailleuse, exécutés des hauteurs escarpées de Bouge, menacèrent considérablement les débris de mes troupes.

Cette retraite par la ville, commencée vers 13h 30, fut faîte dans un violent bombardement vers les papeteries de St Servais où un avis verbal, confidentiel, du commandant de la 10eme Brigade m'avait prié de me rendre. J'y fus vers 14 h 45. A 17 h 15, n'ayant pas vu des représentants de la brigade, ne recevant plus d'ordre et ne voyant pas venir d'autres troupes que quelques égarés du 28e, me disant leur régiment en retraite vers Flawines, je pris le parti, après une incursion de Uhlans, de conduire ce qui me restait de troupes en direction de Mariembourg par Flawine, Malonne, Haute Charlerie, borne 7.200 de la route de Burnot, route de Burnot jusqu'à 9.800, Arbre, Romiée, Bioul, Sosoye, Biert-le-Roi , La Motte, Chapelle Meunier, Flavion , Rosée, Grande route de Philippeville jusqu'à la borne 16.500, Villers-le Gambon, route de Givet jusqu'à la borne 6,  Merlemont,  Villers-en-Fagne et Roly (carte 1/40000)

NB: Les troupes de la 15 BR (I.D.R.G.) pénétrèrent dans St Servais après mon départ historique de la D.P.N.)


........à suivre

Lieutenant General Verbist


 

Le Colonel Verbist en manoeuvre avant 1914
 
Pour la suite cliquer sur:    3eme partie: La Retraite     

 

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