Rapport sur le Combat de Keyem.
Stuyvenkerke, le 19 octobre 1914 à 9 h. 15 expédié à 4 D.A.
Compte rendu des opérations du 18 octobre 1914.
Les premiers coups de feu préliminaires à l'engagement ont été
essuyés devant Keyem à 7 h. 30, à 8 h.40.
A 10 h.10 je reçu l'avis de la G.G. n° 3 route de Leke,
qu'elle s'attendait a être attaquée dans quelques instants.
A ce moment précis j'étais avisé, par un bulletin de passage du
1 L. qu'une ligne d'infanterie ennemie se développait à l'ouest des bois de
Couckelaere et de Praetbosch et que des escadrons recevaient des obus d'une
batterie installée entre les bornes 9 et 10 de la route
Dixmude-Thourout ; il m'avisait qu'il repliait des escadrons, rive gauche
de l'Yser.
Ces nouvelles me firent donner à 10 h.15 l'ordre aux III et II
d'occuper leur position de combat. Je suspendais en même temps les travaux de
la position d'accueil de la défense de Keyem et j'appelais les Compagnies du
II qui y travaillaient, à la bifurcation 400 m. O. du clocher de Keyem où
j'installais moi-même mon poste de combat.
Par cette bifurcation je pouvais facilement
envoyer des renforts à l'un ou l'autre point de la ligne attaquée et
me tenir en relation avec le I/10 à
Beerst.
0 h.35, je reçois l'avis du I/10 que d'importantes forces
ennemies s'avancent sur la route Thourout-Beerst en face de sa G.G. n°2, que
des schrapels tombent sur Hoograad où se trouve cette G.G. et qu'il y avait
beaucoup d'infanterie à Vladslo.
Cet avis fut transmis à EM/4DA.
A 11 h.5, je reçois l'avis du III que sa G.G.
n°3 à la borne 6 route de Leke est attaquée par une compagnie et
qu'un Section d'artillerie allemande est signalée à 1000 m. à l'Est
de cette G.G.
11 h. 10, le commandant du III/10 m'avise que cette G.G.
est attaquée en force par l'artillerie et des mitrailleuses. En même temps
Keyem était bombardé, surtout aux environ de l'église où le lieutenant
Gendarme, observateur de l'artillerie, et un soldat du Génie préposé à
l'incendie du clocher, furent blessés.
A 11h.15 j'avisais EM/4D.A. de cette situation.
A 11 h.20 la 3/III en G.G. n°2, ouvre à son
tour le feu sur les tirailleurs
s'approchant
de son
poste.
A 11 h.25 je reçois de III/10 l'avis qu'une
Batterie allemande est signalée à 3 km. A l'Est de Keyem vers
Langenhoek et qu'un obus vient de tomber dans l'église de
Keyem.
Vers 12 h.10 j'aperçois de mon poste la
retraite précipitée de troupes amies dans la direction de la G.G.
n°1 de la 1e D.A., direction Duyvels Waele Frme. On voit
distinctement de nombreux shrapnels ennemis lancés sur ces troupes
en retraite. Notre gauche se découvrait ainsi.
A ce moment aussi une vive fusillade se
produisait du côté de ma G.G. n°3. J'y envoie, sur demande, 1 peloton
de renfort.
A 13 h.20 une vingtaine de projectiles ennemis
sont dirigés sur la Section d'Artillerie de Keyem dont l'emplacement
avait été découvert par nos ennemis.
A 13 h. 25 la III m'avise qu'une batterie ennemie
est signalée à 1500 m. Est de la G.G. n°3 sur une perpendiculaire à la
route de Leke passant par l'emplacement de sa G.G. n°3.
A 13 H.35 je reçois du commandant du C. ct de la
1/II (De Bruyn) occupant la position d'accueil à 500 m. Ouest du
clocher que toutes les troupes à sa gauche battent en retraite. (Il
s'agit là de troupes de la 1 D.A.)
A 13 h.40 je reçois en renfort un peloton
cycliste qui se dirige immédiatement à la gauche de la G.G.n°3 pour ne
pas être coupé de mon unique ligne de retraite.
J'ordonne en même temps à 1e Compagnie de ma
position d'accueil de surveiller et de défendre à outrance la
direction de Leke, d'une ferme à 400 m. N. de la chapelle pour éviter
d'être tourné.
Entre 13 h.40 et 14 h. se produisent des
fusillades intenses à la G.G. n°3 et deux tentatives d'assaut qui sont
repoussées. Des blessés viennent assez nombreux de cette direction
vers mon poste de combat.
A 14 h. le Commandant de I/II (position
d'accueil) me signale qu'à 13 h.40 une fusillade intense se produisait
en avant et à sa gauche et il estimait que la retraite des troupes e
sa gauche devait être complète (celles de 1 D.A.) parce que les lignes
de l'Yser étaient bombardés.
A 14 h.10 le Commandant du III m'avise que la
G.G. de 1 DA a battu retraite, qu'il est ainsi menacé au Nord et que
l'ennemi va le tourner.
A 14 h.15 le Commandant du III m'avise que
l'artillerie tire derrière les tranchées de ses G.G. n°2 et 3.
A 14 h.30 le III m'envoie l'avis verbal que la
G.G. n°3 violemment attaquée et débordée à la gauche va devoir
reculer.
J'ordonne immédiatement :
au II de retirer lentement des unités engagées en
1ere ligne pour occuper la position d'accueil organisée pour un
bataillon ; cette retraite doit commencer par la droite;
au III d'en agir de même après le départ des
unités du II sauf à maintenir coûte que coûte en place par une
résistance à outrance la G.G. n°3 et ses renforts, ainsi que la
Compagnie de réserve du Bataillon engagé de ce côté, de façon à
permettre l'occupation de la position d'accueil par le II et de
maintenir libre notre unique ligne de retraite.
Au soldat du Génie préposé à l'incendie du
clocher d'y mettre le feu.
A la section d'artillerie, avis verbal au
délégué, de se préparer à se retirer dès que l'occupation de la
position d'accueil serait avancée.
J'avisais en même temps le I/10 à Beerst que je battais
lentement en retraite vers Tervaete.
A 14 h.45 je me portais à hauteur de la position
d'accueil, lorsque j'y avisais les troupes de cette position qui
étaient postées au nord du chemin Keyem-Tervaete avaient reculé sous
le feu violent d'artillerie et de mitrailleuse ennemies parvenues tout
près d'elles, m'a-t-il été répondu.
Remarque : Cette retraite fut prématurée et
est attribuée à la 1/II prise d'une terreur panique.
Je n'ai pu interroger le Commandant de cette
unité (Capitaine De Bruyn) qu'avait pris la fuite et qui n'est plus
revenu au front de toute la guerre, s'accommodant d'une fonction de
repos à l'arrière.
La débandade e 1/II et de quelques voisins, est
du à l'attitude de De Bruyn qui avait perdu la tête, triste attitude à
mettre en parallèle avec celle de ce même capitaine le 30 septembre
1914 dans la boucle de Moerseke.
Un rapport signalant la conduite de cet officier
poltron a été adressé à l'autorité supérieure.
De 14 h.45 à 15 h.40 le chemin de Keyem-Tervaete
fut littéralement couvert d'obus brisants et de shrapnels.
Les troupes battant en retraite je courus
vers le pont de bateaux au N. de Tervate pour les arrêter.
Lorsque vers 16 h. j'arrivais au pont, je prie le
Capitaine Commandant Bourg du 8e, posté derrière le pont de bateaux,
d'avertir les hommes du 10e qui passeraient par le pont, de se
rassembler à Stuyvekenkerke.
Je me dirigeais du pont vers Stuyvekenkerke où je
fus avisé par le Capitaine Commandant Schoofs de l'E.M. que des unités
de mon régiment s'y reformaient au Sud de l'église.
J'y trouvais les débris de 3 compagnies. Ce fut
qu'à la nuit pleine que le II, M, ce qui reste du III et 2 compagnies
du I venant de Beerst me rejoignirent (ces derniers assez tard venant
du passage de la borne 14 de l'Yser)
Je partis vers E.M. /4 D.A. à Pervijse exposer
verbalement à mon Général la situation du corps, son état de fatigue
et d'épuisement.
Note.
Je considère cette journée comme la plus
dangereuse et la plus grave de celles que j'ai vécues depuis ma
retraite de Namur.
Passé la nuit en plein champ au Sud de
Stuyvekenkerke exposé aux 15 allemands qui explosaient à droite et à
gauche de notre bivouac.
Pertes d'après le Bulletin Belge des Sciences
Militaires n°5 de mai 1927 : environ 200 tués,
blessés et disparus, dont 4 officiers ; (chef de batterie Funck
et Sous Lieutenant Bidoul tués)
19 octobre 1914
A 12 h.50 reçu l'ordre de 11 h.20 de me porter en
réserve à la borne n°5 de la route Dixmude-Nieuport (Scheeweg). Cet
ordre a reçu son exécution à 15 h.10.
A 17 h.15 reçu l'ordre de 16 h.40 de porter mes
troupes en réserve, à la disposition du Général à Oud- Stuyvekenkerke
d'y loger. Le mouvement est exécuté à 19 h.20.
Le I/10 qui n'avait pu réoccuper Beerst, rejoint
le régiment.
Notes particulières :
a) Nuit sous la paille mais abrité ;
b) Keyem et Beerst sont en feu ;
c) les nouvelles qui nous arrivent sont
démoralisantes.
20 octobre
A 10 h.10 reçu l'ordre de 8 h. déterminant le
secteur à défendre par le 10. Le II-I/10 et M. /10 occupe la digue de
borne 14.500 à la borne 16.
Le III reste en réserve dans les tranchées à
l'Ouest de Oud- Stuyvekenkerke le long du chemin pavé. La liaison avec
les marins français se fait au chemin pavé Oostkerke-Yser.
La digue est soumise à un violent bombardement
principalement au Sud du secteur.
A 16 h.30 un exposé de la situation est envoyé à
la 4 DA : outre les renseignements précédents, il est dit que le
feu de nos mitrailleuses a éloigné 2 compagnies ennemies qui
s'avançaient vers la digue.
17 h. reçu communication téléphonique de 4
DA.
Un bataillon/6 DA (Major a.c.m. Delatte) est
envoyé en réserve des 10 et 13. Il ne peut être employé que comme
ultime réserve lorsque les réserves régimentaires ont marché.
Note : Le Capitaine Commandant a.e.m.
Dumont, mon adjudant major, ainsi que 3 Commandants de Compagnie du II
(Marès, Deroo et Smet) sont évacués comme malades.
21 octobre
Le bombardement continu intensif. Les pertes
relativement minimes.
A la tombée de la nuit le III remplace le I.
A 20 h.15 le Génie se porte sur la 1ere ligne
pour améliorer les tranchées.
22 octobre
A 12 h.25 le Commandant de 13 m'avertit que le
B/6 DA est mis sa disposition.
A 13 h. que le 8 est fortement
engagé. Le bombardement de la digue continu.
Une Batterie de petit calibre ennemie à peu de
distance de la digue ouvre le feu dans le courant de l'après midi et
fait subir des pertes au III/10 en prenant d'enfilade une partie de
ses tranchées.
A 20 h.15 un peloton du Génie est dirigé sur la
digue afin d'améliorer les tranchées du III/10.
Le II/10 entretient pendant la journée une
fusillade intermittente contre l'ennemi qui s'avance vers Beerst.
Evènement douloureux : l'ennemi pénètre dans
la boucle de Tervaete vers la borne 11, dans la matinée du 22.
23 octobre
La nuit du 22 au 23 est calme.
Dès l'aube le bombardement reprend ; vers
midi des tirailleurs font face à la position vers 800-1000 m ;
des mouvements de troupes s'aperçoivent sur la route Beerst-Dixmude.
Les mitrailleurs tirent sur cet objectif et le feu de l'infanterie a
forcé les tirailleurs à se terrer
A 16 h. 30 nous apercevons un mouvement de recul
du 13 à notre gauche.
A 16 h. 35 le Commandant du 13 m'avertit
qu'il porte son poste de combat à la borne 4 de la route
Dixmude-Nieuport.
A 16 h. 55 le Lieutenant Glorie (mon adjoint),
envoyé près du Commandant du 13, me confirme la communication de 16 h.
35 et me rapporte que le 13e va établir ses 2 Bataillons en potence
face au Nord.
Ces renseignements sont communiqués au Lieutenant
Commandant qui donne l'ordre au 13e, à 17 h.15 de reprendre
immédiatement ses emplacements sur la digue.
Le II/10 avait reçu avis qu'il serait relevé dans
la soirée. Il est averti que le remplacement ne peut se faire et II/10
et III/10 reçoivent ordre de tenir la digue à tout prix.
A 18 h.30 reçu de 4 D.A. un ordre pour le 13 lui
prescrivant de l'informer quand la digue serait reprise et l'informant
que le 8 avait reçu l'ordre de réoccuper des anciens emplacements.
A la même heure, je donnais ordre au II/10 de
m'avertir dès que la liaison serait reprise avec le 13e, à sa
gauche.
A 20 h.45 le Commandant du 13e m'informait que
les allemands avaient franchis l'Yser entre les bornes 13 et 14 (ce
renseignement n'était pas correct, voir plus loin) et que le III/1C
cherchait à les arrêter à hauteur des fermes et à les refouler.
Il me demandait en outre de soutenir son
mouvement; à cette demande je répondis que le 10e disposait d'un seul
bataillon de réserve et que les deux autres bataillons étaient
toujours sur la digue; qu'il n'y avait pas lieu de me passer à ce
moment de mes dernières unités que lui-même disposait encore de 2
Bataillons /13 qui n'avaient pas donné.
A 21 h.15 le Lieutenant Glorie, mon adjoint,
recevait du 13e et m'annonçait la réoccupation des digues par le 13e.
Ce renseignement était erroné et mon délégué ne s'en était pas
assuré.
En étendant sa gauche à un km au Nord de la
limite de notre secteur, le Commandant du II/10 me faisait savoir
qu'aucune unité du 13e, ni des Carabiniers n'était à voir.
24 octobre
Des patrouilles furent poussées pendant la nuit
jusqu'à la borne 13 de l'Yser. Un peloton (Lieutenant Motz) s'opposa à
une tentative de passage en cet endroit.
Ces renseignements furent portés à la
connaissance du Commandant du 13 le 24 à 1 h.15 afin qu'il puisse
reprendre ses emplacements non occupés par l'ennemi.
Pendant la nuit le III avait envoyé des renforts
au II/10.
Prévenu de ceci à 6 h.40, j'envoyais :
1) une Cie/I au Comdt du II/10 en échelon sur la
gauche pour le protéger ;
2) une Cie/I au Comdt du III/10 pour renforcer sa
ligne amoindrie par les empreints qui y avait été faits.
Pris à revers par les feux de l'infanterie
allemande qui avait franchi l'Yser, le II/10 s'était replié vers le
Sud entraînant le III/10 à sa droite.
J'aperçus le mouvement de retraite au moment où
le III/10 se repliait. 1 Cie/I fut envoyée pour arrêter le mouvement
de retraite et je donnais immédiatement ordre aux 2 Commandants de
bataillon, en ligne de reprendre leurs emplacements.
A 9 h.20 c'était chose faite pour le III/10 et la
Cie/I qui lui avait été envoyée.
Le II/10 qui s'était replié jusqu'au passage à
niveau à la borne 4 du chemin de fer Dixmude-Nieuport, bien qu'exténué
par 4 jours successifs de garde à l'Yser, tâchait de progresser vers
un nouvel emplacement mais, entraîné par des troupes
des différents régiments qui battaient retraite, il ne put
progresser
A 12 h.45 1 bataillon de marins français
s'établissait face au Nord en potence à la gauche du III/10 et à ce
moment je donnais ordre aux 7 compagnies du 10e non en
ligne, de se porter à la borne 5 de la route Dixmude-Nieuport afin de
les reformer.
Les 7 compagnies bivouaquaient autour de la ferme
de la borne 5
Sous Lieutenant Scarcériaux tué.
25 octobre
A 6 h.15 le 10e reçoit ordre de se porter en
réserve à la borne 4 du chemin de fer Nieuport- Dixmude. Il y arrive à
7 h.30. Là, le Général Coveliers commandant la 1ere Brigade me fait
observer que nous sommes dans son secteur. Ce renseignement est fourni
à la 4 D.A. et à
8 h.30 nous recevons ordre de nous porter le long
du chemin de fer, la droite à la hauteur de la borne 5. Cet ordre se
croisait avec une note que j'avais envoyée à 7 h.40 et informait le
Q.G. que le chemin de fer était entièrement occupé.
A 10 h.45 je recevais l'ordre d'occuper les
emplacements tenus par le Bataillon de Carabiniers du Major Poncelet
(entre borne 6.4 et borne 5.4 du chemin de fer). Une Cie soutien
d'Artillerie Bne 7.
A 13 h. les 2 Bataillons du 10e occupent leurs
emplacements. Le III est appelé à Oud-Stuyvekenskerke la
disposition du 1er de Ligne.
A 20 h.35 je reçois une note du Q.G. me
permettant de loger une fraction de mes troupes dans les fermes de la
borne 5 de la route Dixmude-Pervyse. Estimant ce mouvement trop
difficile je reste avec tout le monde dans la tranchée du chemin de
fer que le Génie organise.
Bombardement continu de la ligne ferrée.
26 octobre
Les 2 Bataillons/10 conservent leurs
emplacements.
Le front est bombardé toute la journée mais
non attaqué.
27 octobre
A 7 h.15 le commandant du II me fait savoir qu'il
a reçu ordre de recueillir dans ses tranchées les troupes de 1er de
Ligne qui s'y réfugieraient.
A 7 h.20 je demande au Q.G. de ne conserver que
les unités du 10 sur le front qui m'est assigné.
A 8 h.5 le Commandant du I/10 me fait savoir que
des débris du 13e encombrent les tranchées qu'il occupe.
A 8 h.40 je reçois ordre de la D.A. de reprendre
les emplacements abandonnés par le 13e et de me mettre en
liaison : à ma droite, avec 5 D.A. ; à ma gauche, avec le 8e
ou avec les Français. Je décide de rester sur le chemin de fer parce
qu'à ma gauche aucune troupe ne se trouve plus en avant de la voie
ferrée et à ma droite j'établis la liaison avec 5 DA.
Les dispositions sont approuvées par la note du
GQ reçue à 10 h.
Au groupe d'Artillerie à cheval qui s'est mis en
relation avec moi, je demande de battre tout le terrain à 400 m. à
l'Est du chemin de fer jusque Oud Stuyvekenskerke.
La liaison avec le 5 D.A. est établie par le
III/10 qui occupe le crochet offensif à l'Est de la borne 5 du chemin
de fer. Cette bretelle, établie par le 10e, a été heureusement
maintenue et a montré sa grande utilité par la suite, notamment le 30
octobre lorsqu'elle a pris en flanc, par des feux, les allemands se
portant à l'attaque du chemin de fer devant le 10.
A 18 h.35 reçu ordre du QG remettant le III à ma
disposition et m'annonçant
1) l'arrivée d'une colonne d'infanterie de
Stuyvekenskerke ;
2) l'installation d'une batterie à l'Est du
clocher de Stuyvekenskerke.
A 19 h.50 reçu l'ordre de 18 h.55 pour la relève
du 10e.
A la même heure je suis averti que le III/8,
abrité à la borne 6 de la route Nieuport - Dixmude est mis à ma
disposition.
Le bombardement ennemi a continué toute la
journée.
28 octobre
Le 10e est relevé à 5 h.30 et va occuper les
tranchées au Sud du Cabt Warland, à 600 m. à l'Est de Rousdamme.
Le Commandant de la Brigade, à ma droite, est
averti à 4 h. de la relève qui va s'opérer.
Sous-Lieutenant Lambert : tué.
29 octobre
Même situation que le 28.
30 octobre
Le 10e passe en première ligne peu avant l'aube.
Les allemands vont tenter un suprême effort pour rompre le front de
l'Yser par une attaque générale.
Le 29 à 19 h. un renseignement transmis par le
13e qui dois relever, m'apprend que de l'artillerie ennemie se trouve
sur le chemin Stuyvekenskerke-Oud Stuyvekenskerke et que les fermes à
400 m. Est du chemin de fer entre les bornes 5 et 6 sont occupées.
Pendant que le régiment opérait la relève une
vive fusillade éclate. C'est l'attaque sur la gauche du secteur occupé
par la D.A.
Le II/10 qui devait faire la relève à cet endroit
et qui avait passé le Vaart se porte résolument sur la ligne de feu et
rejette les allemands qui occupaient déjà la voie ferre.
Le III/10 qui devait occuper le crochet, arrive à
son emplacement à 5 h. 30 et ouvre le feu sur l'ennemi qui se dirige
vers son point d'attaque.
Quant au I/10 qui devait s'installer à la droite
du II/10, il est accueilli dès son arrivée au Vaart par un feu de
barrage violent d'artillerie. Conformément aux ordres de relève, le
Commandant du bataillon donna ordre à son unité de se retirer à la
borne 5 de la route Dixmude Nieuport et il abrite ses troupes derrière
les fermes et dans les fossés de la route.
Le feu diminuant, le I/10est reporté en avant et
occupe son emplacement à la droite du II vers 8 Heures.
L'assaut (suprême effort de l'ennemi) st repoussé
mais des troupes ennemies occupent les revers du remblai du chemin de
fer et des tranchées à 75 m. à l'Est.
(Dans les tranchées j'ai vu, le 2 novembre, de
nombreux cadavres, les tranchées ont servi de tombe et ont été ensuite
inondées pendant 4 ans)
Incident : A 9 h. je reçois, à mon poste de
combat
ferme 300 m. Est de la borne 5, la visite du Lieutenant Général
commandant la Division. Celui-ci, qui me croyait dans le secteur des
Grenadiers et qui ignorait tout de ce qui s'était passé devant le
front de mon régiment me fit un reproche amer. Après avoir laissé
passer l'orage, je lui expliquai la conduite du 10e
qui, avant de clouer les allemands sur place, avait dû traverser un
violent tir de barrage et qui, en ce moment çi venait de provoquer
devant sa position, la retraite des boches.
Ces explications adoucirent le Général.
Dès le début de l'action l'artillerie fut invitée
de canonner les fermes à 400 m. à l'Est du chemin de fer.
Pendant le reste de la journée la fusillade
continue et s'amoindrit de plus en plus vers la nuit.
C'est la retraite des boches et la fin de
bataille de l'Yser.