Mémoires d'un Conflit

(1914-1918)

(Mémoires du Lieutenant Général Verbist du 10e de Ligne)

 
1860-1937

Suite

6eme partie

 

 

 

 

La Bataille de l'Yser

 

 

Rapport sur le Combat de Keyem.

Stuyvenkerke, le 19 octobre 1914 à 9 h. 15 expédié à 4 D.A.

Compte rendu des opérations du 18 octobre 1914.

Les premiers coups de feu préliminaires à l'engagement ont été essuyés devant Keyem à 7 h. 30, à 8 h.40.

A 10 h.10 je reçu l'avis de la G.G. n° 3 route de Leke, qu'elle s'attendait a être attaquée dans quelques instants.

A ce moment précis j'étais avisé, par un bulletin de passage du 1 L. qu'une ligne d'infanterie ennemie se développait à l'ouest des bois de Couckelaere et de Praetbosch et que des escadrons recevaient des obus d'une batterie installée entre les bornes 9 et 10 de la route Dixmude-Thourout ; il m'avisait qu'il repliait des escadrons, rive gauche de l'Yser.

Ces nouvelles me firent donner à 10 h.15 l'ordre aux III et II d'occuper leur position de combat. Je suspendais en même temps les travaux de la position d'accueil de la défense de Keyem et j'appelais les Compagnies du II qui y travaillaient, à la bifurcation 400 m. O. du clocher de Keyem où j'installais moi-même mon poste de combat.

Par cette bifurcation je pouvais facilement envoyer des renforts à l'un ou l'autre point de la ligne attaquée et me tenir en relation avec le I/10 à Beerst.

0 h.35, je reçois l'avis du I/10 que d'importantes forces ennemies s'avancent sur la route Thourout-Beerst en face de sa G.G. n°2, que des schrapels tombent sur Hoograad où se trouve cette G.G. et qu'il y avait beaucoup d'infanterie à Vladslo.

Cet avis fut transmis à EM/4DA.

A 11 h.5, je reçois l'avis du III que sa G.G. n°3 à la borne 6 route de Leke est attaquée par une compagnie et qu'un Section d'artillerie allemande est signalée à 1000 m. à l'Est de cette G.G.

11 h. 10, le commandant du III/10 m'avise que cette G.G. est attaquée en force par l'artillerie et des mitrailleuses. En même temps Keyem était bombardé, surtout aux environ de l'église où le lieutenant Gendarme, observateur de l'artillerie, et un soldat du Génie préposé à l'incendie du clocher, furent blessés.

A 11h.15 j'avisais EM/4D.A. de cette situation.

A 11 h.20 la 3/III en G.G. n°2, ouvre à son tour le feu sur les tirailleurs s'approchant

de son poste.

A 11 h.25 je reçois de III/10 l'avis qu'une Batterie allemande est signalée à 3 km. A l'Est de Keyem vers Langenhoek et qu'un obus vient de tomber dans l'église de Keyem.

Vers 12 h.10 j'aperçois de mon poste la retraite précipitée de troupes amies dans la direction de la G.G. n°1 de la 1e D.A., direction Duyvels Waele Frme. On voit distinctement de nombreux shrapnels ennemis lancés sur ces troupes en retraite. Notre gauche se découvrait ainsi.

A ce moment aussi une vive fusillade se produisait du côté de ma G.G. n°3. J'y envoie, sur demande, 1 peloton de renfort.

A 13 h.20 une vingtaine de projectiles ennemis sont dirigés sur la Section d'Artillerie de Keyem dont l'emplacement avait été découvert par nos ennemis.

A 13 h. 25 la III m'avise qu'une batterie ennemie est signalée à 1500 m. Est de la G.G. n°3 sur une perpendiculaire à la route de Leke passant par l'emplacement de sa G.G. n°3.

A 13 H.35 je reçois du commandant du C. ct de la 1/II (De Bruyn) occupant la position d'accueil à 500 m. Ouest du clocher que toutes les troupes à sa gauche battent en retraite. (Il s'agit là de troupes de la 1 D.A.)

A 13 h.40 je reçois en renfort un peloton cycliste qui se dirige immédiatement à la gauche de la G.G.n°3 pour ne pas être coupé de mon unique ligne de retraite.

J'ordonne en même temps à 1e Compagnie de ma position d'accueil de surveiller et de défendre à outrance la direction de Leke, d'une ferme à 400 m. N. de la chapelle pour éviter d'être tourné.

Entre 13 h.40 et 14 h. se produisent des fusillades intenses à la G.G. n°3 et deux tentatives d'assaut qui sont repoussées. Des blessés viennent assez nombreux de cette direction vers mon poste de combat.

A 14 h. le Commandant de I/II (position d'accueil) me signale qu'à 13 h.40 une fusillade intense se produisait en avant et à sa gauche et il estimait que la retraite des troupes e sa gauche devait être complète (celles de 1 D.A.) parce que les lignes de l'Yser étaient bombardés.

A 14 h.10 le Commandant du III m'avise que la G.G. de 1 DA a battu retraite, qu'il est ainsi menacé au Nord et que l'ennemi va le tourner.

A 14 h.15 le Commandant du III m'avise que l'artillerie tire derrière les tranchées de ses G.G. n°2 et 3.

A 14 h.30 le III m'envoie l'avis verbal que la G.G. n°3 violemment attaquée et débordée à la gauche va devoir reculer.

J'ordonne immédiatement :

au II de retirer lentement des unités engagées en 1ere ligne pour occuper la position d'accueil organisée pour un bataillon ; cette retraite doit commencer par la droite;

au III d'en agir de même après le départ des unités du II sauf à maintenir coûte que coûte en place par une résistance à outrance la G.G. n°3 et ses renforts, ainsi que la Compagnie de réserve du Bataillon engagé de ce côté, de façon à permettre l'occupation de la position d'accueil par le II et de maintenir libre notre unique ligne de retraite.

Au soldat du Génie préposé à l'incendie du clocher d'y mettre le feu.

A la section d'artillerie, avis verbal au délégué, de se préparer à se retirer dès que l'occupation de la position d'accueil serait avancée.                                            J'avisais en même temps le I/10 à Beerst que je battais lentement en retraite vers Tervaete.

A 14 h.45 je me portais à hauteur de la position d'accueil, lorsque j'y avisais les troupes de cette position qui étaient postées au nord du chemin Keyem-Tervaete avaient reculé sous le feu violent d'artillerie et de mitrailleuse ennemies parvenues tout près d'elles, m'a-t-il été répondu.

Remarque : Cette retraite fut prématurée et est attribuée à la 1/II prise d'une terreur panique.

Je n'ai pu interroger le Commandant de cette unité (Capitaine De Bruyn) qu'avait pris la fuite et qui n'est plus revenu au front de toute la guerre, s'accommodant d'une fonction de repos à l'arrière.

La débandade e 1/II et de quelques voisins, est du à l'attitude de De Bruyn qui avait perdu la tête, triste attitude à mettre en parallèle avec celle de ce même capitaine le 30 septembre 1914 dans la boucle de Moerseke.

Un rapport signalant la conduite de cet officier poltron a été adressé à l'autorité supérieure.

De 14 h.45 à 15 h.40 le chemin de Keyem-Tervaete fut littéralement couvert d'obus brisants et de shrapnels.

Les troupes battant en retraite je  courus vers le pont de bateaux au N. de Tervate pour les arrêter.

Lorsque vers 16 h. j'arrivais au pont, je prie le Capitaine Commandant Bourg du 8e, posté derrière le pont de bateaux, d'avertir les hommes du 10e qui passeraient par le pont, de se rassembler à Stuyvekenkerke.

Je me dirigeais du pont vers Stuyvekenkerke où je fus avisé par le Capitaine Commandant Schoofs de l'E.M. que des unités de mon régiment s'y reformaient au Sud de l'église.

J'y trouvais les débris de 3 compagnies. Ce fut qu'à la nuit pleine que le II, M, ce qui reste du III et 2 compagnies du I venant de Beerst me rejoignirent (ces derniers assez tard venant du passage de la borne 14 de l'Yser)

Je partis vers E.M. /4 D.A. à Pervijse exposer verbalement à mon Général la situation du corps, son état de fatigue et d'épuisement.

Note.

Je considère cette journée comme la plus dangereuse et la plus grave de celles que j'ai vécues depuis ma retraite de Namur.

Passé la nuit en plein champ au Sud de Stuyvekenkerke exposé aux 15 allemands qui explosaient à droite et à gauche de notre bivouac.

Pertes d'après le Bulletin Belge des Sciences Militaires n°5 de mai 1927 : environ  200 tués, blessés et disparus, dont 4 officiers ; (chef de batterie Funck et Sous Lieutenant Bidoul tués)

19 octobre 1914

A 12 h.50 reçu l'ordre de 11 h.20 de me porter en réserve à la borne n°5 de la route Dixmude-Nieuport (Scheeweg). Cet ordre a reçu son exécution à 15 h.10.

A 17 h.15 reçu l'ordre de 16 h.40 de porter mes troupes en réserve, à la disposition du Général à Oud- Stuyvekenkerke d'y loger. Le mouvement est exécuté à 19 h.20.

Le I/10 qui n'avait pu réoccuper Beerst, rejoint le régiment.

Notes particulières :

a) Nuit sous la paille mais abrité ;

b) Keyem et Beerst sont en feu ;

c) les nouvelles qui nous arrivent sont démoralisantes.

20 octobre

A 10 h.10 reçu l'ordre de 8 h. déterminant le secteur à défendre par le 10. Le II-I/10 et M. /10 occupe la digue de borne 14.500 à la borne 16.

Le III reste en réserve dans les tranchées à l'Ouest de Oud- Stuyvekenkerke le long du chemin pavé. La liaison avec les marins français se fait au chemin pavé Oostkerke-Yser.

La digue est soumise à un violent bombardement principalement au Sud du secteur.

A 16 h.30 un exposé de la situation est envoyé à la 4 DA : outre les renseignements précédents, il est dit que le feu de nos mitrailleuses a éloigné 2 compagnies ennemies qui s'avançaient vers la digue.

17 h. reçu communication téléphonique de 4 DA.

Un bataillon/6 DA (Major a.c.m. Delatte) est envoyé en réserve des 10 et 13. Il ne peut être employé que comme ultime réserve lorsque les réserves régimentaires ont marché.

Note : Le Capitaine Commandant a.e.m. Dumont, mon adjudant major, ainsi que 3 Commandants de Compagnie du II (Marès, Deroo et Smet) sont évacués comme malades.

21 octobre

Le bombardement continu intensif. Les pertes relativement minimes.

A la tombée de la nuit le III remplace le I.

A 20 h.15 le Génie se porte sur la 1ere ligne pour améliorer les tranchées.

22 octobre

A 12 h.25 le Commandant de 13 m'avertit que le B/6 DA est mis sa disposition.

A 13 h. que le 8 est  fortement engagé. Le bombardement de la digue continu.

Une Batterie de petit calibre ennemie à peu de distance de la digue ouvre le feu dans le courant de l'après midi et fait subir des pertes au III/10 en prenant d'enfilade une partie de ses tranchées.

A 20 h.15 un peloton du Génie est dirigé sur la digue afin d'améliorer les tranchées du III/10.

Le II/10 entretient pendant la journée une fusillade intermittente contre l'ennemi qui s'avance vers Beerst.

Evènement douloureux : l'ennemi pénètre dans la boucle de Tervaete vers la borne 11, dans la matinée du 22.

23 octobre

La nuit du 22 au 23 est calme.

Dès l'aube le bombardement reprend ; vers midi des tirailleurs font face à la position vers 800-1000 m ; des mouvements de troupes s'aperçoivent sur la route Beerst-Dixmude. Les mitrailleurs tirent sur cet objectif et le feu de l'infanterie a forcé les tirailleurs à se terrer

A 16 h. 30 nous apercevons un mouvement de recul du 13 à notre gauche.

A 16 h. 35 le Commandant du 13 m'avertit qu'il porte son poste de combat à la borne 4 de la route Dixmude-Nieuport.

A 16 h. 55 le Lieutenant Glorie (mon adjoint), envoyé près du Commandant du 13, me confirme la communication de 16 h. 35 et me rapporte que le 13e va établir ses 2 Bataillons en potence face au Nord.

Ces renseignements sont communiqués au Lieutenant Commandant qui donne l'ordre au 13e, à 17 h.15 de reprendre immédiatement ses emplacements sur la digue.

Le II/10 avait reçu avis qu'il serait relevé dans la soirée. Il est averti que le remplacement ne peut se faire et II/10 et III/10 reçoivent ordre de tenir la digue à tout prix.

A 18 h.30 reçu de 4 D.A. un ordre pour le 13 lui prescrivant de l'informer quand la digue serait reprise et l'informant que le 8 avait reçu l'ordre de réoccuper des anciens emplacements.

A la même heure, je donnais ordre au II/10 de m'avertir dès que la liaison serait reprise avec le 13e, à sa gauche.

A 20 h.45 le Commandant du 13e m'informait que les allemands avaient franchis l'Yser entre les bornes 13 et 14 (ce renseignement n'était pas correct, voir plus loin) et que le III/1C cherchait à les arrêter à hauteur des fermes et à les refouler.

Il me demandait en outre de soutenir son mouvement; à cette demande je répondis que le 10e disposait d'un seul bataillon de réserve et que les deux autres bataillons étaient toujours sur la digue; qu'il n'y avait pas lieu de me passer à ce moment de mes dernières unités que lui-même disposait encore de 2 Bataillons /13 qui n'avaient pas donné.

A 21 h.15 le Lieutenant Glorie, mon adjoint, recevait du 13e et m'annonçait la réoccupation des digues par le 13e. Ce renseignement était erroné et mon délégué ne s'en était pas assuré.

En étendant sa gauche à un km au Nord de la limite de notre secteur, le Commandant du II/10 me faisait savoir qu'aucune unité du 13e, ni des Carabiniers n'était à voir.

24 octobre

Des patrouilles furent poussées pendant la nuit jusqu'à la borne 13 de l'Yser. Un peloton (Lieutenant Motz) s'opposa à une tentative de passage en cet endroit.

Ces renseignements furent portés à la connaissance du Commandant du 13 le 24 à 1 h.15 afin qu'il puisse reprendre ses emplacements non occupés par l'ennemi.

Pendant la nuit le III avait envoyé des renforts au II/10.

Prévenu de ceci à 6 h.40, j'envoyais :

1) une Cie/I au Comdt du II/10 en échelon sur la gauche pour le protéger ;

2) une Cie/I au Comdt du III/10 pour renforcer sa ligne amoindrie par les empreints qui y avait été faits.

Pris à revers par les feux de l'infanterie allemande qui avait franchi l'Yser, le II/10 s'était replié vers le Sud entraînant le III/10 à sa droite.

J'aperçus le mouvement de retraite au moment où le III/10 se repliait. 1 Cie/I fut envoyée pour arrêter le mouvement de retraite et je donnais immédiatement ordre aux 2 Commandants de bataillon, en ligne de reprendre leurs emplacements.

A 9 h.20 c'était chose faite pour le III/10 et la Cie/I qui lui avait été envoyée.

Le II/10 qui s'était replié jusqu'au passage à niveau à la borne 4 du chemin de fer Dixmude-Nieuport, bien qu'exténué par 4 jours successifs de garde à l'Yser, tâchait de progresser vers un nouvel emplacement mais, entraîné par des  troupes des différents régiments qui battaient retraite, il ne put progresser

A 12 h.45 1 bataillon de marins français s'établissait face au Nord en potence à la gauche du III/10 et à ce moment je donnais ordre  aux 7 compagnies du 10e non en ligne, de se porter à la borne 5 de la route Dixmude-Nieuport afin de les reformer.

Les 7 compagnies bivouaquaient autour de la ferme de la borne 5

Sous Lieutenant Scarcériaux tué.

25 octobre

A 6 h.15 le 10e reçoit ordre de se porter en réserve à la borne 4 du chemin de fer Nieuport- Dixmude. Il y arrive à 7 h.30. Là, le Général Coveliers commandant la 1ere Brigade me fait observer que nous sommes dans son secteur. Ce renseignement est fourni à la 4 D.A. et à

8 h.30 nous recevons ordre de nous porter le long du chemin de fer, la droite à la hauteur de la borne 5. Cet ordre se croisait avec une note que j'avais envoyée à 7 h.40 et informait le Q.G. que le chemin de fer était entièrement occupé.

A 10 h.45 je recevais l'ordre d'occuper les emplacements tenus par le Bataillon de Carabiniers du Major Poncelet (entre borne 6.4 et borne 5.4 du chemin de fer). Une Cie soutien d'Artillerie Bne 7.

A 13 h. les 2 Bataillons du 10e occupent leurs emplacements. Le III est appelé à Oud-Stuyvekenskerke  la disposition du 1er de Ligne.

A 20 h.35 je reçois une note du Q.G. me permettant de loger une fraction de mes troupes dans les fermes de la borne 5 de la route Dixmude-Pervyse. Estimant ce mouvement trop difficile je reste avec tout le monde dans la tranchée du chemin de fer que le Génie organise.

Bombardement continu de la ligne ferrée.

26 octobre

Les 2 Bataillons/10 conservent leurs emplacements.

Le front est bombardé toute la journée mais non attaqué.

27 octobre

A 7 h.15 le commandant du II me fait savoir qu'il a reçu ordre de recueillir dans ses tranchées les troupes de 1er de Ligne qui s'y réfugieraient.

A 7 h.20 je demande au Q.G. de ne conserver que les unités du 10 sur le front qui m'est assigné.

A 8 h.5 le Commandant du I/10 me fait savoir que des débris du 13e encombrent les tranchées qu'il occupe.

A 8 h.40 je reçois ordre de la D.A. de reprendre les emplacements abandonnés par le 13e et de me mettre en liaison : à ma droite, avec 5 D.A. ; à ma gauche, avec le 8e ou avec les Français. Je décide de rester sur le chemin de fer parce qu'à ma gauche aucune troupe ne se trouve plus en avant de la voie ferrée et à ma droite j'établis la liaison avec 5 DA.

Les dispositions sont approuvées par la note du GQ reçue à 10 h.

Au groupe d'Artillerie à cheval qui s'est mis en relation avec moi, je demande de battre tout le terrain à 400 m. à l'Est du chemin de fer jusque Oud Stuyvekenskerke.

La liaison avec le 5 D.A. est établie par le III/10 qui occupe le crochet offensif à l'Est de la borne 5 du chemin de fer. Cette bretelle, établie par le 10e, a été heureusement maintenue et a montré sa grande utilité par la suite, notamment le 30 octobre lorsqu'elle a pris en flanc, par des feux, les allemands se portant à l'attaque du chemin de fer devant le 10.

A 18 h.35 reçu ordre du QG remettant le III à ma disposition et m'annonçant

1) l'arrivée d'une colonne d'infanterie de Stuyvekenskerke ;

2) l'installation d'une batterie à l'Est du clocher de Stuyvekenskerke.

A 19 h.50 reçu l'ordre de 18 h.55 pour la relève du 10e.

A la même heure je suis averti que le III/8, abrité à la borne 6 de la route Nieuport - Dixmude est mis à ma disposition.

Le bombardement ennemi a continué toute la journée.

28 octobre

Le 10e est relevé à 5 h.30 et va occuper les tranchées au Sud du Cabt Warland, à 600 m. à l'Est de Rousdamme.

Le Commandant de la Brigade, à ma droite, est averti à 4 h. de la relève qui va s'opérer.

Sous-Lieutenant Lambert : tué.

29 octobre

Même situation que le 28.

30 octobre

Le 10e passe en première ligne peu avant l'aube. Les allemands vont tenter un suprême effort pour rompre le front de l'Yser par une attaque générale.

Le 29 à 19 h. un renseignement transmis par le 13e qui dois relever, m'apprend que de l'artillerie ennemie se trouve sur le chemin Stuyvekenskerke-Oud Stuyvekenskerke et que les fermes à 400 m. Est du chemin de fer entre les bornes 5 et 6 sont occupées.

Pendant que le régiment opérait la relève une vive fusillade éclate. C'est l'attaque sur la gauche du secteur occupé par la D.A.

Le II/10 qui devait faire la relève à cet endroit et qui avait passé le Vaart se porte résolument sur la ligne de feu et rejette les allemands qui occupaient déjà la voie ferre.

Le III/10 qui devait occuper le crochet, arrive à son emplacement à 5 h. 30 et ouvre le feu sur l'ennemi qui se dirige vers son point d'attaque.

Quant au I/10 qui devait s'installer à la droite du II/10, il est accueilli dès son arrivée au Vaart par un feu de barrage violent d'artillerie. Conformément aux ordres de relève, le Commandant du bataillon donna ordre à son unité de se retirer à la borne 5 de la route Dixmude Nieuport et il abrite ses troupes derrière les fermes et dans les fossés de la route.

Le feu diminuant, le I/10est reporté en avant et occupe son emplacement à la droite du II vers 8 Heures.

L'assaut (suprême effort de l'ennemi) st repoussé mais des troupes ennemies occupent les revers du remblai du chemin de fer et des tranchées à  75 m. à l'Est.

(Dans les tranchées j'ai vu, le 2 novembre, de nombreux cadavres, les tranchées ont servi de tombe et ont été ensuite inondées pendant 4 ans)

Incident : A 9 h. je reçois, à mon poste de combat  ferme 300 m. Est de la borne 5, la visite du Lieutenant Général commandant la Division. Celui-ci, qui me croyait dans le secteur des Grenadiers et qui ignorait tout de ce qui s'était passé devant le front de mon régiment me fit un reproche amer. Après avoir laissé passer l'orage,  je lui expliquai la conduite du 10e qui, avant de clouer les allemands sur place, avait dû traverser un violent tir de barrage et qui, en ce moment çi venait de provoquer devant sa position, la retraite des boches.

Ces explications adoucirent le Général.

Dès le début de l'action l'artillerie fut invitée de canonner les fermes à 400 m. à l'Est du chemin de fer.

Pendant le reste de la journée la fusillade continue et s'amoindrit de plus en plus vers la nuit.

C'est la retraite des boches et la fin de bataille de l'Yser.

 
 
........a suivre

Lieutenant General Verbist

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Le Général Verbist (o) aux côtés du Prince Léopold (x), caporal au 12eme régiment de ligne

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